Harcèlement de rue : disons stop à l’inacceptable

Le harcèlement de rue vole chaque jour un peu de liberté aux femmes et aux filles d’Afrique. Un sifflement, une phrase obscène, une main qui s’impose : le scénario change, la peur reste. Cette tribune dénonce le harcèlement de rue, mais elle propose aussi des gestes concrets et des recours.

Harcèlement de rue : une rue qui n’appartient pas à toutes

D’abord, on l’appelle « drague », « compliment » ou « blague ». Pourtant, le harcèlement de rue n’a rien d’un jeu : c’est de la violence. Regards insistants, commentaires sexuels, menaces, gestes obscènes, filatures et agressions physiques : tout cela relève du harcèlement de rue.

Ces actes violent un droit fondamental, celui de circuler librement. Ainsi, des femmes changent de trottoir, de tenue ou d’horaire. Certaines abandonnent même un chemin vers l’école ou le travail.

Un regard, un mot, une peur : ce que le harcèlement coûte

En effet, le harcèlement de rue laisse des traces. Peur, colère, humiliation et sentiment d’insécurité permanent pèsent sur la santé mentale. Par conséquent, les victimes du harcèlement de rue s’adaptent, se taisent et se restreignent, alors qu’elles n’ont rien fait.

Pire encore, la société leur reproche souvent d’avoir « provoqué ». Cette logique de culpabilité relève du paternalisme. Il décide à la place des femmes de ce qu’elles doivent porter ou taire. En réalité, dans tout cas de harcèlement de rue, la responsabilité appartient à l’agresseur.

Surtout, une rue hostile peut mener au pire. Ainsi, le harcèlement de rue non puni banalise la violence, jusqu’au féminicide.

Harcèlement de rue : tribune de Lafricaine pour défendre le droit des femmes et des filles de circuler librement en Afrique.

Harcèlement de rue : ce que dit la loi en Afrique

Beaucoup de femmes l’ignorent : des textes contre le harcèlement de rue existent. Cependant, leur application reste inégale. Voici des repères vérifiés, à confirmer auprès d’un professionnel du droit de votre pays.

  • Union africaine. Le Protocole de Maputo date de 2003 et s’applique depuis 2005. Ainsi, il impose aux États de prévenir et de punir les violences contre les femmes.
  • Maroc. Selon Le360, le harcèlement dans un lieu public coûte six mois de prison. Il entraîne aussi 2 000 à 10 000 dirhams d’amende.
  • Tunisie. La loi adoptée en juillet 2017 pénalise le harcèlement sexuel dans l’espace public, selon Human Rights Watch. Elle prévoit aussi des unités spécialisées dans la police.
  • Égypte. Les peines ont été durcies. Ainsi, selon Egypt Independent, harceler par paroles ou gestes peut coûter deux à quatre ans de détention.
  • Afrique de l’Ouest francophone. D’après le RFLD, la Côte d’Ivoire punit le harcèlement d’un à trois ans de prison. Le Burkina Faso aussi. Le Bénin dispose d’une loi dédiée.

Cependant, ces textes visent souvent le harcèlement sexuel au sens large. Dès lors, demandez toujours quelle infraction s’applique à votre situation.

Harcèlement de rue : que faire sur le moment et après

Face au harcèlement de rue, réagissez, ou pas. Dire non, fixer une limite ou ignorer : tout choix est légitime. Mais votre sécurité passe avant tout, même face au harcèlement de rue.

Rassemblez des preuves. D’abord, notez le lieu, l’heure et la description de l’agresseur. Ensuite, si c’est sûr, enregistrez un message vocal ou une vidéo.

Portez plainte. Ensuite, rendez-vous au commissariat ou à la gendarmerie avec vos preuves. Cependant, si l’accueil est difficile, tournez-vous vers une association d’aide aux victimes ou une activiste. Elles peuvent vous accompagner.

Parlez-en. Ainsi, confiez-vous à une personne de confiance. Car le silence protège l’agresseur, jamais la victime.

Apprenez à vous défendre. Certes, un cours d’autodéfense donne des réflexes et de la confiance. Toutefois, fuir reste une défense.

Soyez solidaires. Alors, approchez la femme harcelée, parlez-lui comme à une amie, proposez de l’accompagner. Un geste simple suffit parfois à tout arrêter.

Aux hommes et aux garçons : votre silence est un choix

Les femmes ne sont pas des objets. Le harcèlement de rue ne leur est pas dû. Avant de siffler ou de commenter, posez-vous une question. Et si c’était votre mère, votre sœur ou votre fille ?

Votre regard n’est pas une invitation. Vos remarques ne sont pas des compliments. De plus, humilier une femme ne fait de vous ni un homme fort ni un chef de bande.

Mieux encore, devenez des alliés contre le harcèlement de rue. Ainsi, intervenez calmement quand vous êtes témoin. Si un ami harcèle, dites-lui d’arrêter. Mais s’il continue, éloignez-vous de lui.

Harcèlement de rue : les familles, les écoles et les États doivent agir

En effet, les victimes ne peuvent pas porter seules ce combat. D’abord, les familles doivent apprendre aux garçons le respect, dès l’enfance. Ensuite, les écoles doivent parler de consentement et de limites.

Par ailleurs, les États doivent faire appliquer les lois existantes. Ils doivent aussi former les policiers à l’accueil des victimes. Enfin, les médias et les communautés peuvent cesser de moquer celles qui dénoncent.

Rendre la rue à toutes : le combat de tout un continent

Car une rue sûre ne relève pas du luxe. C’est un droit, et il vaut pour chaque fille, chaque mère, chaque grand-mère. Cette liberté a une histoire. Des femmes se sont battues avant nous, comme le rappelle la Journée internationale de la femme africaine.

Alors, brisons le silence ensemble sur le harcèlement de rue. Partagez cette tribune contre le harcèlement de rue, parlez-en autour de vous et soutenez celles qui osent dénoncer. Chaque voix compte.

Pélagie BLEWUSSI

FHEM

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