Mutilations Génitales Féminines (MGF) : Quand protéger une fille veut dire la mutiler
Au Soudan, une poétesse récite ses vers lors de mariages et de rassemblements publics, non pas pour célébrer, mais pour alerter. Chaque strophe est une manière de dire tout haut ce que beaucoup de familles n’osent pas remettre en question : que l’excision n’est ni une obligation religieuse, ni une preuve d’amour. Elle rend d’ailleurs hommage aux médecins qui lui ont transmis les connaissances nécessaires pour mener ce combat. Sa voix illustre une bataille qui, aujourd’hui encore, se joue en grande partie sur le continent africain. Cette bataille, ce sont les mutilations génitales féminines (MGF).
Ce que recouvrent exactement les Mutilations Génitales Féminines (MGF)
Selon la définition retenue par l’OMS, les Mutilations Génitales Féminines (MGF) regroupent toutes les interventions entraînant l’ablation partielle ou totale des organes génitaux externes de la femme, ou toute autre lésion de ces organes, pratiquées pour des raisons non médicales. Autrement dit, ce n’est jamais un acte de soin. C’est une atteinte au corps, décidée par d’autres, presque toujours avant l’âge adulte. D’ailleurs, ces pratiques sont presque systématiquement infligées à des mineures, ce qui en fait aussi une violation des droits de l’enfant.
Un fléau qui touche l’Afrique plus que tout autre continent
Contrairement à une idée reçue, il ne s’agit pas d’un phénomène uniformément réparti dans le monde. En réalité, sur les 230 millions de filles et de femmes concernées à l’échelle mondiale, 144 millions vivent en Afrique, soit largement plus de la moitié des cas recensés, loin devant l’Asie (80 millions) et le Moyen-Orient (6 millions).
Par ailleurs, le poids de cette pratique n’est pas non plus réparti uniformément à l’intérieur même du continent. En effet, l’Afrique de l’Ouest et du Centre concentre à elle seule 17 des 27 pays africains les plus touchés, ce qui en fait la région la plus déterminante pour espérer, un jour, atteindre l’objectif mondial de zéro MGF.

Les Mutilations Génitales Féminines (MGF) en Afrique : une carte aux contrastes saisissants
D’un pays à l’autre, les écarts sont vertigineux. D’un côté, certains pays affichent une prévalence quasi générale : près de 98 % des femmes en Somalie ont subi une MGF, contre 95 % en Guinée et 94 % à Djibouti. Au Mali, la situation n’est guère différente, puisque plus de 89 % des femmes et des filles sont concernées.
À l’inverse, d’autres pays du continent s’en éloignent presque totalement. Ainsi, le Cameroun (0,4 %), le Niger (1 %) et l’Ouganda (1 %) affichent parmi les taux les plus faibles au monde. Entre ces deux extrêmes, le Kenya illustre à lui seul ce qu’un effort soutenu peut accomplir : sa prévalence a nettement reculé ces dernières années, notamment grâce à des programmes communautaires de long terme.
Des lois africaines pour protéger les Africaines
Le continent ne subit pas cette pratique sans y opposer un cadre juridique propre. Dès 2003, l’Union africaine a adopté le Protocole de Maputo, qui inscrit explicitement l’élimination des Mutilations Génitales Féminines (MGF) parmi les droits fondamentaux des femmes africaines. Depuis, de nombreux pays ont suivi ce mouvement : la Constitution somalienne, par exemple, stipule expressément que l’excision des filles est interdite, même si l’application reste inégale sur le terrain.
Toutefois, la loi seule ne suffit pas toujours à changer les pratiques. Par exemple, une recherche menée dans la province du Mandoul, au Tchad, a mis en évidence des déterminants socio-ethniques et économiques complexes qui continuent d’alimenter cette pratique, malgré l’existence de textes qui la condamnent. Autrement dit, sans sensibilisation communautaire, la loi reste souvent lettre morte.
Pourquoi la pression communautaire reste si forte
Comme le résume une jeune fille interrogée dans le cadre de cette même étude tchadienne, la peur de l’exclusion pèse souvent plus lourd que le doute personnel : ne pas se soumettre au rite, c’est risquer de ne plus être acceptée par sa communauté. Trois logiques reviennent ainsi régulièrement à travers le continent :
- Un rite de passage ancien, perçu dans certaines régions comme la condition d’entrée dans l’âge adulte ou dans le mariage.
- Une fausse idée de protection médicale. Or, aucune étude ne soutient un quelconque bénéfice sanitaire ; au contraire, la pratique multiplie les risques d’infections, d’hémorragies et de complications à l’accouchement.
- Un mythe d’ingérence extérieure. Dans certaines communautés, la lutte contre les Mutilations Génitales Féminines (MGF) est encore perçue, à tort, comme une pression imposée depuis l’étranger, ce qui freine considérablement le dialogue local.
(Derrière les MGF se cache souvent un réflexe plus large, presque invisible tant il est normalisé : celui de décider à la place des femmes. Ce mot a aussi sa place dans le dico féminin, découvrez le paternalisme).
L’Afrique porte aussi des solutions aux Mutilations Génitales Féminines (MGF)
Heureusement, le changement ne vient pas seulement de l’extérieur : il est largement porté par les Africaines elles-mêmes. Ainsi, environ 400 millions de personnes vivant en Afrique et au Moyen-Orient se déclarent désormais opposées à cette pratique, soit près des deux tiers de la population des pays concernés. De plus, des avancées concrètes se confirment sur le terrain : en Tanzanie, des dialogues communautaires permettent à des survivantes de raconter leur histoire publiquement, ce qui donne du courage à d’autres filles pour refuser la pratique à leur tour.
Concrètement, plusieurs leviers portés par des structures africaines ou panafricaines existent déjà :
- Le Comité Inter-Africain (CI-AF), qui coordonne depuis plusieurs décennies la lutte contre les MGF à travers le continent.
- Le programme conjoint UNFPA-UNICEF, actif dans une vingtaine de pays africains, combinant santé, éducation et mobilisation communautaire.
- Des initiatives locales et culturelles : troupes de théâtre communautaire, dialogues intergénérationnels, poésie engagée, qui parlent aux populations dans leurs propres codes plutôt que d’imposer un discours extérieur.
Pour aller plus loin, l’UNICEF donne la parole aux survivantes qui ont choisi de se reconstruire : Se sentir entière à nouveau.
En somme, les Mutilations Génitales Féminines (MGF) ne sont ni une fatalité africaine, ni un simple sujet de statistiques internationales. C’est un combat que l’Afrique mène activement, pays par pays, communauté par communauté et chaque recul de la pratique prouve qu’un changement porté depuis l’intérieur est non seulement possible, mais déjà en marche.