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LE PATERNALISME

Le paternalisme : quand « c’est pour ton bien » devient une prison

Ndèye a 30 ans et dirige une équipe de cinq personnes. Pourtant, dès qu’un dossier stratégique arrive, son propre supérieur préfère le confier à un collègue « plus expérimenté ». Officiellement, c’est pour « l’épargner ». En réalité, personne ne lui demande jamais si elle se sent prête.

Stéphanie, elle, a 35 ans, un métier stable et son propre appartement. Malgré cela, son père continue d’intervenir dans presque toutes ses décisions importantes : le choix de son compagnon, ses projets professionnels, même l’endroit où elle devrait vivre. À chaque fois, la même phrase revient : « je sais ce qui est bon pour toi. » Ainsi, sa réussite personnelle ne change rien à la manière dont il continue de la traiter.

Deux femmes, deux univers différents : le bureau, la famille. Cependant, un seul mécanisme les traverse toutes les deux : le paternalisme.

Une autorité qui avance masquée

Le paternalisme, ce n’est pas un simple excès de prudence. C’est une façon de décider à la place de quelqu’un, tout en présentant cela comme un acte d’amour ou de sagesse. D’ailleurs, le mot vient du latin pater (le père) et désigne à l’origine une posture où l’on traite l’adulte comme un enfant qu’il faut encore guider. Concrètement, celui qui exerce le paternalisme ne demande jamais la permission : il décide, puis il justifie par le fameux  » c‘est pour ton bien ».

Les signes du paternalisme qui ne trompent pas

Le paternalisme ne se présente presque jamais comme une agression. Au contraire, il porte le masque de l’attention et du souci de bien faire. Voici comment il se manifeste concrètement :

  • Il infantilise les personnes et ne respecte pas leur liberté. Par exemple, on continue de « protéger » une femme adulte de ses propres choix, comme si elle n’était jamais tout à fait capable de les assumer seule.
  • Il crée un lien de soumission déguisé en gentillesse. Autrement dit, plus quelqu’un « prend soin » de vous à votre place, plus vous devenez dépendante de son avis pour avancer.
  • Il donne tout le pouvoir à une seule personne qui décide pour les autres. Ainsi, l’équilibre se rompt durablement : d’un côté celui qui sait « ce qui est bon », de l’autre celle qui n’a plus vraiment voix au chapitre.

De ce fait, la personne concernée finit souvent par douter d’elle-même, même dans les domaines où elle excelle.

(Un mot que vous ne connaissez peut-être pas, mais qui gouverne le quotidien de nombreuses femmes en silence : découvrez la tocophobie )

Un réflexe plus ancien qu’on ne le pense

Comme chez Ndèye et Stéphanie, ce comportement ne sort pas de nulle part :

  1. Des repères familiaux transmis : dans beaucoup de foyers, aimer a longtemps voulu dire décider à la place de l’autre « pour son bien ». Par conséquent, ce réflexe se rejoue naturellement plus tard, au travail comme en couple.
  2. Des idées reçues sur les femmes : Historiquement, les femmes ont souvent été perçues comme plus fragiles ou moins rationnelles. De ce fait, on a longtemps jugé « normal » de décider pour elles.
  3. Une peur sincère de l’échec de l’autre : La personne paternaliste croit souvent bien agir. Néanmoins, cette bonne intention finit par étouffer l’autonomie de celle qu’elle prétend soutenir.

Reprendre la main sur le paternalisme, un choix à la fois

Heureusement, ce schéma n’est pas gravé dans le marbre, il se déconstruit et des deux côtés.

  • Nommer les choses clairement : Dire « je décide seule » remet immédiatement les rôles à leur place. En effet, le silence est souvent ce qui laisse le déséquilibre s’installer.
  • Reconquérir ses choix un par un : financiers, professionnels, personnels, plutôt que de vouloir tout changer d’un coup. Ainsi, la confiance se reconstruit progressivement.
  • En parler ouvertement : à une amie, une thérapeute ou un collectif de femmes. Effectivement, mettre des mots dessus aide à distinguer la vraie attention de la prise de pouvoir déguisée.

Au final, le paternalisme n’a rien à voir avec l’amour ou le respect véritable. C’est une privation de liberté qui avance à visage couvert. Le repérer, c’est déjà commencer à s’en défaire.

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